3 techniques de base pour la GPAO ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Administrator   
Lundi, 11 Août 2008 01:12

La gestion de Production «  moderne » date des années 1970. Son essor coïncide (est-ce un hasard ?) avec l’apparition de premiers ordinateurs « temps réels ».  La progression a été fulgurante depuis la reconnaissance des effets remarquables de l’usage des TIC (Technologies de la Communication  et de l’Information) sur  la croissance du  PIB des nations qui en font le meilleur usage. Tel est également le cas pour  la productivité des entreprises utilisatrices avec un différentiel de + 4 points par rapport aux entreprises moins avancées (cf. une étude des services français de statistiques Industrielle – SESSI – datant de novembre 2006).  Dans un monde ou tout s’accélère, médiatisé à outrance et qui se « gargarise » souvent de sigle et nouvelles appellations (MRP, MRP II, Juste à Temps. KAYSEN, KANBAN, SCM, CRM… Etc. Etc.).Qu’est la réalité? Quelle est encore aujourd’hui la place des « fondamentaux » ?

Qu’est la gestion de production moderne ? Une réponse simple à une question aussi vieille que le Monde : Que m’arrivera t-il demain ? Prédiction, prévision, anticipation, le pas est franchi ?

Mais, rendons d’abord hommage aux pionniers et à la technologie sans laquelle rien n’aurait été possible dans ces « temps modernes » qui auraient forcément mal tournés (voir Charlie Chaplin !).

Les pionniers ? Les premiers  travaux de la période moderne sont reconnus être dès les années 1960 ceux de Joseph ORLICKY, américain d’origine autrichienne, qui publiera en 1975 ce qui reste comme LA référence « MRP Materials Requirements Plannings (The New Way of Life in Production and Inventory Management) ». Il sera suivi en 1983 (réédité en 1990 puis 1992!) d’un ouvrage de André J. MARTIN (Laboratoires ABBOTT) appliquant les technique du MRP  à la production, « DRP Distribution Resources Planning (Distribution Management’s Most powerfull Tool)… Dont s’inspire, en l’étendant certes,  la « toute moderne » (Supply Chain Management) traitant des fournisseurs, de l’entreprise et de ses clients !

Durant, les techniques informatiques progressaient passant des premiers ordinateurs à usage civil de la fin des années 50 aux balbutiements des ordinateurs temps réel de la fin des années 1960. La firme internationale IBM, véritable monopole à l’époque,  comprends très vite que ses « computers » seront, face à la masse des informations destinées ou émanant des productions de toute la planète, d’une nécessité incontournable. Encore faut-il disposer de programmes adaptés à ces nouvelles méthodes. Qu’à cela ne tienne chercheurs et informaticiens sont mis à l’œuvre et très vite vous sortir les premiers progiciels : d’abord « DBOMP » pour la gestion des nomenclatures… puis plus tard MAPICS et COPICS, les premiers logiciels « temps réel » que l’on, peut qualifier de GPAO à défaut d’ERP ! Ils survivent, toujours à ce jour[1].

Que nous disent les théories et que disent les pratiques ? Rien de « révolutionnaire » en fait, que du bon sens , et c’est déjà beaucoup.

Il existe donc, seulement, 4 techniques de bases (stocks, MRP, CRP, PERT) permettant de traiter les matières et les temps en production,

-          Une technique basée sur les niveaux de stocks…  Le magasinier qui constate que le stock baisse décide d’acheter avant de tomber en rupture il procède pour cela en tenant compte d’un niveau de stocks dit « point de commande » matérialisé par un calcul de consommation moyenne durant la période de réapprovisionnement ou par un système de double casier (dés qu’un casier est vide on re-commande) ou encore par « re-complètement »  - toute sortie est immédiatement compensée par une commande de la même quantité -. Tiens, tiens, cela ne vous rappelle pas, un peu le KANBAN ?  Simple certes, mais avec un inconvénient majeur, cette méthode ignore totalement la fluctuation des besoins, elle sous entend une demande stable… sinon gare aux sur stocks ET aussi aux ruptures de stocks. 

-          Une technique basée sur les besoins.  Si on arrive à prévoir les besoins pour couvrir les ventes périodes par période, il est « facile » connaissant la composition des produits fabriqués et vendus de connaître par simple multiplication les besoins en matières et composants nécessaires pour fabriquer… et comme nous avons aussi une idée des délais de production, nous pouvons évidemment anticiper les besoins tant en quantités qu’en dates ! Et si la demande change en quantité ou en date ? Rien de plus simple, on procède à un re-calcul. Fini donc les sur stocks …. Et les ruptures de stocks… Le MRP (Materials requirements Planning) est né… Cependant ces calculs simples ont quelques contraintes : Il faut des nomenclatures fiables donnant la composition des produits, pour chaque composant et matière, il peut y avoir des pertes, des chutes, il y a aussi des quantités minimales ou multiples (contraintes de conditionnements)  de commande etc…  ect… Faire et refaire ces calculs à la main, est-ce bien raisonnable… Non ! assurément, et c’est pourquoi le développement de cette technologie ne prendra réellement essor que lors de l’apparition des premiers ordinateurs « temps réels » après 1975. les tentatives avec les « ordinateurs à cartes perforées  » (comme PRODUCTION IV aux Etats Unis et en France) seront des échecs relatifs… les résultats de la planification arrivant presque après la fin de fabrication !

Bien sûr, on associera très rapidement au MRP (basé sur les nomenclatures) le CRP (Capacity Requirements Planning) basé sur la capacité des postes de charge et les gammes opératoires permettant de planifier les charges machines… d’autant plus nécessaire que la production à l’époque était organisée en « section homogènes » Un principe COMPTABLE, regroupant dans une même zone d’ateliers toutes les machines semblables  - Bonjour l’optimisation des flux ! -  et non organisés e en lignes ou en îlots comme aujourd’hui.

Résultats induits non négligeables avec les matières nécessaires pour fabriquer, les temps passés à fabriquer… les coûts de Main d’Œuvre et Machines étant connus, rien de plus simple que de calculer les prix de revient « industriels » !

-          Enfin le PERT (Project Evaluation and Review Technique), littéralement « technique d’évaluation et d’examen de projets »), adapté aux grands travaux et projets gérés « à l’affaire » ou « sur projet » et faisant intervenir des fonctions, voire des opérateurs multiples. La méthode issue des besoins de la marine américaine en 1956 pour la production et le déploiement de missiles, puis de la conquête spatiale pour maîtriser leurs coûts et leurs délais, est particulièrement adaptée à une organisation complexe par affaire, avec un appel à d’importantes ressources en main d’œuvre (pour des études ou des travaux se déroulant sur plusieurs jours, voire semaines ou mois..) et nécessitant des coordinations complexes entre tâches, recouvrement partiels, parallèles, début – fin… etc.…

-          Et n’oublions pas le « petit dernier », aujourd’hui un peu oublié… OPT (Optimized Production Technology), littéralement « techniques de production optimisée ». Une planification intégrée des tâches, matières et temps basée sur les contraintes des postes goulots, issu des travaux d’un certain Eliyahu M. GOLDRATT sur la théorie des contraintes à partir de 1969 et traduit en « progiciel » vers 1980[2]. Bénéficiant d’un tapage médiatique sans précédent…  et tirant même profit du secret et du mystère (n’ayons pas peur des mots) entourant un  algorithme mathématique jusqu’à ce jour, à notre connaissance, encore jamais dévoilé. Mais était-il aussi puissant et réellement approprié que « colporté ». Il aura en tout cas bénéficié d’un succès soutenu auprès de nombre de multinationales pour sombrer deux à trois années plus tard, et des fortunes dépensées dans…  l’histoire ! Le responsable de gestion de production de l’usine de BENDIX à MOULINS (France) disait pas à l’époque (alors qu’on installait par ailleurs COPICS (une des GPAO d’IBM) dans les 5 usines du Groupe : « OPT ! C’est comme une formule I, cela fonctionne merveilleusement, si, comme en FORMULE I,  il est bien préparé durant plusieurs jours, et adapté au contexte précis du moment ou il sera utilisé.  Alors en quelques minutes – contre plusieurs heures souvent à l’époque pour un calcul de besoins ! 18 précisément, il nous propose des planifications journalières… aux résultats très différents de ce a quoi nous nous attendons et que nous connaissons par expérience. Nous n’y trouvons aucune explication. Faudrait-il y croire les « yeux fermés » ? Impossible évidemment, nous nous fions donc toujours à nos anciennes méthodes. Résultat,  cette « solution » sera très vite abandonnée pour revenir au MRP « Classique », dont tous les résultats même parfois tout aussi « pervers » (comme cette entreprise qui décida de planifier d’une traite ses prévisions de ventes de « transpondeurs » (des systèmes de géo-localisation par radar)  sur un an, puis de passer immédiatement des commandes des composants requis (pour obtenir des prix..) et qui a vu ensuite ses ventes s’effondrer…  et donc ses stocks considérablement alourdis de composants inutilisables à court terme !) sont en tout cas toujours parfaitement explicables et traçables.

Et depuis ces temps « héroïques », on n’a cessé de réinventer les choses en les améliorant en les dynamisant, en les étendant certes ! La « révolution » s’est ainsi faite, dans la réactivité de « computers » et leurs interconnections, comme dans celles des hommes !

Les mauvaises langues diront « Les américains ont l’art de changer les noms des choses et de nous persuader ensuite d’avoir inventé les choses » tandis que d’autres  plus pragmatiques comme Monsieur Mohamed MOATASSIM conseiller de Sa Majesté le Roi du Maroc qui se limitera à annoncer « modestement » que « la  Modernité commence par une gestion optimale du temps » (in "AUJOURD'HUI LE MAROC" du 9-11-2007).

Et ce n’est déjà pas si mal.

Comme ce n’est pas plus mal de ne disposer réellement que de 3 techniques de bases fondamentales – MRP, PERT, Point de commande – pour gérer et optimiser nos productions. Dans la pratique leurs combinaisons et déclinaisons présentent une infinité de possibilités. De leur usage au quotidien, par l’homme, dépendent, en grande partie, les performances de chaque entreprise.

 La gestion de Production est donc à considérer, avant tout, comme une vaste lutte contre le Gaspillage de temps…  C’’est évident, le temps est en apparence inépuisable et « gratuit », alors comment pourrait-il être « gaspillé » ? Par contre, la matière, elle, on le comprend, est précieuse. Visible, on perçoit bien les pertes, les chutes, les rebuts… quoique ! A découvrir les trésors cachés au fin fond des ateliers, oubliés depuis des lustres, ignorés et désormais inutilisables, on pourrait en douter !

Aujourd’hui, toutes nos usines utilisent très généralement un mixte de ces techniques de base, Gestion sur stocks, sur besoins, planification des charges, sous une forme ou une autre, et de façon plus ou moins étendue…. Cela ne va pas sans risque (étant donné les puissances de calculs existantes et la sophistication possible des paramètres et politiques de lancement et de réapprovisionnement...) et sans une obligation de rigueur.

Bien, me direz vous, mais on oublie les techniques japonaises ? Exact, mais sans vouloir les minimiser, car elles ont souvent apporté à la Gestion de production ce dont elle avait le plus besoin, réalisme, simplicité et bon sens. Qui ne se souvient pas de l’inscription figurant au dessus de l’établi, de son père, son beau père, un oncle, un grand père… disant « chaque chose a sa place, chaque place a sa chose » ! Nous y reviendrons.

En tout cas, n’oublions jamais que la machine ne fait que des suggestions et que ce sera toujours à l’HOMME de les contrôler et de les accepter, ou de les rejeter !

Bonne planification à toutes et à tous… !

 

Yves Le DOEUFF

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 Pour en savoir plus rendez vous sur :

-          WIKEPEDIA :  http://fr.wikipedia.org/wiki/Gestion_de_la_production_assist%C3%A9e_par_ordinateur

-           Et  aussi  :  http://www.sciencesdegestion.com/elearning/gestionprod/montpellier/plan.html

-           Et enfin pour enrichir votre vocabulaire (en anglais) : http://books.google.fr/books?id=HH0vVv6dMb0C&pg=PA165&lpg=PA165&dq=%22distribution+requirement+planning+publication%22&source=bl&ots=X5V-Xj8N8V&sig=OUy3JF5kNsRzbD877lbNBSdSS2s&hl=fr&ei=FYxyS-_oDMX-4Aa3ncTWCQ&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=10&ved=0CDcQ6AEwCQ#v=onepage&q=&f=false

 


[1] Ils disposaient il y a déjà 30 ans de fonctions que tous les progiciels ERP plus modernes n’offrent pas encore, ou en tout cas depuis peu de temps (Configurateurs, Gestion des dossiers de modifications techniques, WORKFLOW, Demandes de livraison automatisées…).

[2] Avec, en prime, en 1984,  un roman (a succès) « Le BUT », traitant  de l’impact sur la productivité globale des « postes goulots » à travers la marche d’une compagnie de scouts, agrémentée des péripéties d’une procédure en divorce du « héros ». Mais, rassurez vous,  tout se termine « évidemment » par un « happy end » comme il ce doit !

Mise à jour le Jeudi, 06 Mai 2010 17:48